A maturité, l’enthousiasmant théâtre de Jean Bellorini…

A maturité, l’enthousiasmant théâtre de Jean Bellorini…

Des quatre mises en scène du tout jeune directeur du TGP de Saint-Denis que nous eûmes le privilège de découvrir jusqu’à présent, voici probablement celle qui vient consolider, asseoir un ton, une vision, une manière de faire, et confirmer son statut d’artiste incontournable du paysage théâtral français, à la fois exigeant, généreux, populaire, créateur d’images et d’émotions fortes, propices à réflexion. L’an passé, dans la capitale et ses alentours, on put applaudir une sublime et bouleversante adaptation d’Hugo, épurée, maîtrisée, révélant l’essence de son travail, une euphorisante épopée Rabelaisienne, ainsi qu’un Brecht appliqué mais un brin surproduit dans lequel Il semblait presque se perdre. En cette fin de saison, aux Ateliers Berthier, celui qui a à coeur d’interroger, de scruter, d’explorer, d’éclairer âpreté, mystères et beauté de l’existence au moyen (entre autres) des lumières foraines qu’il affectionne tant, s’empare avec brio de “Liliom“, puissant conte réalistico-fantastique du hongrois Ferenc Molnar, écrit en 1909. Une histoire bien connue des cinéphiles et amateurs de comédies musicales puisqu’elle inspira notamment Fritz Lang ou Rogers & Hammerstein (Carousel).

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Liliom, bonimenteur de foire attire la clientèle féminine sur les manèges grâce à son joli minois… Un soir, ce petit voyou croise Julie, demoiselle du peuple qui succombe à son numéro de charme plus sincère qu’à l’accoutumée. Jalouse, sa patronne le congédie. Julie tombe enceinte. L’idylle ne dure guère. Désoeuvré, Liliom devient violent. Incapable de se prendre en main, de trouver un job, éternel ado ne sachant comment appréhender la vie pour concrétiser ses envies, ses rêves, il envisage un mauvais coup afin de subvenir aux besoin de sa future famille. Celui-ci tourne mal, le pousse au suicide et le conduit au ciel. Après seize années de purgatoire, les autorités célestes lui permettront de redescendre un temps sur terre pour rencontrer le fruit de sa brève et tumultueuse relation…

De cette oeuvre poétique, poignante, drôle, mélancolique, Jean Bellorini produit un spectacle choral envoûtant, enlevé, simple, malin, moderne (mais pas “à la mode“…). N’a pas eu à chercher très loin pour trouver la scénographie lui correspondant. Sur le plateau, une foire hors du temps. Arène de l’intrigue, une piste d’autos-tamponneuses dont la toiture servira de cadre aux séquences se déroulant dans l’au delà. Au lointain, une grande roue cerclée d’ampoules. A cour et jardin, deux caravanes. La seconde accueillant l’orchestre, accompagnateur-narrateur essentiel, comme dans chaque production de la Compagnie Air de Lune.

Comédiens-musiciens et acteurs sont magnifiques. A la fois emplis d’humanité, burlesques, toujours sincères et forces de proposition. Conduisent la fable avec évidence et fluidité. Julien Bouanich incarne un Liliom des plus touchants dans son mal-être, ses maladresses, sa “médiocrité“ subie.  Clara Mayer (Julie) qui nous avait déjà subjugués chez Hugo affiche candeur et sensibilité  à fleur de peau, prenant le spectateur aux tripes. De son côté, Amandine Calsat offre sa jovialité à Marie, copine se construisant une vie tranquille. Le Dandy bandit-renard-roublard de Marc Plas fait merveille (nous avons adoré l’adresse avec laquelle il joue virtuellement aux cartes). En Madame Hollunder, photographe de foire au tempérament bien trempé, Jacques Hadjaje s’avère hilarant (formidable composition Boteroesque !), tout comme Teddy Melis et Juline Cigana en Dupond & Dupont policiers puis en “détectives du ciel“ dont l’irrésistible duo de ventriloquie constitue l’un des très grands moments de la représentation. Delphine Cottu, parfaite en tenancière de manège possessive et sans états d’âme, Hugo Sablic, Damien Vigouroux, Sébastien Trouvé et Lidwine de Royer Dupré apportent également leur talent à l’entreprise.

A ne pas manquer !

Jusqu’au 28 juin.

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Liliom | Ferenc Molnár – Jean Bellorini | 28… par TheatreOdeon

Photo : Pascal Victor

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