20/05/2013
Au Vingtième Théâtre, Homère mis en musique, paré de plumes et paillettes...

La compagnie niçoise Miranda propose une relecture de l'Odysée d'Ulysse à la mode music-hall. Si, confessons-le, nous ne nous sommes pas vraiment roulés par terre de rire, l'ouvrage mêle habilement les genres et séduit dans son ensemble. Pas grand, mais sympathique moment de cabaret susceptible d'inciter les ados à se plonger dans la lecture d'Homère.
Le spectateur est ainsi convié à redécouvrir grâce à huit comédiens-chanteurs les multiples aventures du héros sus-évoqué. Guerre de Troie, Cyclope, Sirènes... Elles y sont toutes. Emmenée par un facétieux maître de cérémonie friand de calembours, la représentation alterne burlesque, théâtre de masque, chansons et marionnette, sous le regard du "véritable" Ulysse qui veille tant bien que mal au respect du mythe, rectifiant le tir régulièrement, allant jusqu'à souffler leur texte aux acteurs.
Nous avons beaucoup aimé les nombreuses chansons concoctées par la bande, synthétisant avec malice, poésie, efficacité, péripéties et propos, sur des mélodies variées. D'autant que l'interprétation se révèle de qualité. Saluons aussi la jolie maîtrise des différentes disciplines théâtrales. Nous avons moins goûté en revanche l'humour souvent facile des séquences parlées, sans doute trop vite écrites, dévoilant un livret qui eut pu être plus solide. Le choix de costumes très (trop) vinyl nous laissa par ailleurs dubitatifs.
En résumé, l'auteur metteur en scène, comédien et meneur de troupe, Thierry Surace donne à voir un divertissement intelligemment conçu, soigné, et rondement mené, en dépit des quelques défauts évoqués, dans lequel on sent chacun pleinement investi.
Alors pourquoi pas.
"L'Odyssée Burlesque". Jusqu'au 16 juin.
Réservez vos places en cliquant ci-contre :

Photo : Cie Miranda
11:38 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique odyssée burlesque vingtième théâtre |
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18/05/2013
Impressionnante Virginie Pradal...

Au Poche-Montparnasse, Virginie Pradal trouve un rôle à sa brillante démesure qui revêt pour l'occasion des couleurs inhabituelles, lui permettant de dévoiler l'ampleur d'un talent dont nous ne doutions pas mais que nous avions rarement eu l'occasion d'apprécier sous ce jour. Dans "Le Garçon Sort de l'Ombre", l'actrice s'empare en effet magistralement d'un personnage de femme névrosée, désespérée, basculant dans la folie totale, imaginé par Régis de Martrin Donos qui signe là un face à face mère-fils percutant, sombre, dérangeant et glaçant, minutieusement mis en scène par Jean-Marie Besset. A voir sans hésiter.
Dans une petite ville de la côte bretonne, une femme au chômage et son fils Jean, à quelques semaines du bac. Un père marin absent, un frère aîné délinquant. Elle, borderline, possessive, castratrice, presque incestueuse, rêve pour Jean d'études à Paris, d'une carrière qui les sortirait tous deux de la précarité. Lui a délaissé ses cahiers. Chaque nuit il fuit la mère pour la mer dans laquelle il libère son esprit depuis les hauteurs d'un phare, fréquente les alentours d'un cabaret où il croise filles de joie et mâles en quête d'aventures furtives. En proie au doute, torturé, il tente de s'émanciper, de cerner l'adulte qu'il devient, celui qui est en train de prendre le pas sur l'enfant qu'il est encore. Mais sa mère le laissera-t-elle "grandir" ? Rien n'est moins sûr.
Cette pièce que l'auteur composa alors qu'il n'était que dans sa vingt et unième année, usant d'un lyrisme puissant et d'une séduisante âpreté, évoque donc les difficultés à devenir soi-même, à couper le cordon, la fragilité de l'équilibre familial, si tant est qu'il existe, mais aussi l'acceptation de l'échec, le renoncement à un but fixé. En cinq tableaux concis, incisifs, Régis de Martrin Donos fait se croiser et s'affronter les aspirations d'un homme en devenir et les désillusions d'une femme niant l'insupportable réalité de sa vie ratée. Le choc se révèle violent.
Superbement terrifiante et pathétique, Virginie Pradal dévore, insatiable, sa partition le plateau et son partenaire, Sylvain Dieuaide, qui incarne sa progéniture. Mais le jeune comédien a du répondant, lui renvoie efficacement la balle. Poignant dans son mal-être, intense dans sa colère, il passe avec une infinie justesse par tous les états, insuffle tour à tour au personnage fragilité, juvénilité, force et maturité. Il semble avoir douze ans, puis vingt, avec la même authenticité. Chapeau. Autour d'eux Marc Arnaud en marin errant, et Sophie Lequenne (ou Chloé Oliveres), en prostituée, défendent chacun leur unique scène avec conviction.
Probablement jusqu'à la fin juillet.
Allez-y.
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Photo : Pascal Gely
05:36 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : critique le garçon sort de l'ombre virginie pradal jean-marie be |
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16/05/2013
Prenant et surprenant, le séduisant théâtre de Carole Fréchette...

C'est toujours un grand bonheur que de découvrir une oeuvre de Carole Fréchette, auteure québécoise dont les écrits sensibles, aux formes singulières, emplis d'humanité, transportent le spectateur dans des mondes parallèles, un brin fantasques et pourtant familiers, le conduisant à s'interroger en douceur sur sa condition. Un bonheur que l'on retrouve une fois encore avec "Je Pense à Yu", présenté aux Athévains, qui fait cohabiter évènements historiques et héros de fiction pure. Fort beau moment porté, entre autres, par l'émouvante Marianne Basler.
Fin des années 2000. La vie de Madeleine, traductrice célibataire un peu paumée, se voit chamboulée par la découverte dans la presse de la tragique aventure d'un journaliste chinois, Yu Dongyue, arrêté et condamné à 20 ans de prison lors des manifestations étudiantes de la place Tienanmen en 1989 pour avoir projeté de la peinture sur le portrait de Mao, puis libéré à l'état de légume 17 ans plus tard. Un oppressant besoin d'en savoir plus sur Yu et les incidents de l'époque la pousse à cesser toutes ses activités. Son voisin, dont elle va faire la connaissance, ainsi que la jeune chinoise à qui elle donne des cours de français, plongeront malgré eux avec elle dans l'Histoire qui éclairera la leur...
"Je Pense à Yu" raconte un destin, un engagement, un geste, un sacrifice. Questionne sa pertinence. La pièce évoque nos peurs existentielles, les doutes, les blessures qui nous empêchent d'agir, d'avancer dans une vie sans mode d'emploi et souvent chaotique. Elle nous exhorte à trouver la force d'être, une raison d'être, à ne pas faire semblant de vivre. "Je Pense à Yu" bouleverse.
Dirigée avec une précision chirurgicale par Jean-Claude Berutti, Marianne Basler est une Madeleine intense, profondément imprégnée et perturbée par le cheminement psychologique de son personnage. admirable prestation à laquelle on ne peut qu'adhérer. Antoine Caubet campe avec délicatesse Jérémie, quinqua dans un état similaire à celui de Madeleine, père d'un enfant malade dont il s'occupe seul. Le duo gauche, fragile et complice qu'il forme avec la belle Marianne nous touche. A leurs côtés, Yilin Yang transmet toute son énergie d'actrice à la jeune chinoise immigrée qu'elle incarne, offrant une tirade superbement habitée en fin de représentation.
Allez-y.
Jusqu'au 30 juin.
Réservez vos places en cliquant ci-contre :

Photo : Jean-Louis Fernandez
18:07 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique je pense à yu carole fréchette artistic athévains |
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14/05/2013
Avis de tempête enivrante sur le Théâtre des Quartiers d'Ivry...

Onirisme envoûtant et poésie enchanteresse se dégagent du travail aussi épuré que spectaculaire réalisé par Philippe Awat sur la foisonnante tragi-comédie fantastique de William Shakespeare. Deux heures durant, le public est sous le charme d'acteurs remarquables et d'images sublimes, délicatement élaborées, avant de se voir submergé par l'émotion en fin de représentation. Judicieuse idée, donc, que celle du Théâtre d'Ivry Antoine Vitez d'accueillir un petit bijou créé il y a maintenant 18 mois à Créteil et à côté duquel nous étions passés. Ne commettez pas la même erreur. Le 9 juin, il sera trop tard...
"La Tempête" (tentons la concision dans notre résumé...) est celle déclenchée depuis son île d'exil par l'ancien duc de Milan, le vieux Prospero, qui souhaite provoquer le naufrage de l'embarcation de son usurpateur de frère avant de lui faire vivre l'enfer, manipulant pour cela Ariel, esprit de l'air, et Caliban, créature non identifiée. Le pardon sera toutefois l'ultime décision de cet homme prêt à quitter le monde, finalement en paix avec les siens et avec lui-même. Au coeur de l'intrigue, bien d'autres personnages, évidemment, et de nombreux thèmes traités (amour, mort, haine trahison, honneur...), du rire au drame.
La réussite d'Awat réside dans le fait qu'il a cherché, trouvé, et mis en évidence l'essence textuelle, visuelle et philosophique de cette oeuvre poignante. De sa traduction, vivante, truculente, (Benoîte Bureau) à sa scénographie (Benjamin Lebreton), abstraite et stylisée, évitant l'anecdotique, en passant par la féérie d'autant plus efficace que distillée avec parcimonie (quelques effets de lévitation, hologrammes...), et en commençant bien entendu par une parfaite direction d'acteurs.
Sur un imposant pan incliné, incurvé, déchiqueté, magnifiquement éclairé et/ou enfumé, symbolisant tour à tour l'épave du bateau, l'île et ses différents espaces, dix comédiens incarnent les héros shakespeariens. Thierry Bosc d'abord, campe un Prospero touchant et profond. Florian Guyot un incroyable Caliban. Son jeu des plus physiques avait déjà forcé notre admiration dans "Le Cercle de Craie Caucasien" au Théâtre 13 il y a peu. Là encore il signe une performance extraordinaire. Pascale Oudot, dans une tenue nous la donnant à voir nue ou presque, assume et compose un esprit joliment vaporeux, mystérieux et insaisissable dont le rire hypnotise tel le chant d'une sirène. Angélique Zaini partage sa délicieuse et pétillante candeur avec Miranda, fille de Prospero... Mais ils sont tous excellents ! Michael Chirinian, Xavier de Guillebon, Laurent Desponds, Malik Faraoun, Serge Gaborieau, Jean Pavageau et Benjamin Egner.
Eblouissant tableau.
Allez-y.
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Photo : Bellamy
17:49 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique la tempête théâtre des quartiers d'ivry philippe awat |
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