Eddy Mitchell et Fred Testot ont l’alcool un peu sage mais séduisent…

Eddy Mitchell et Fred Testot ont l’alcool un peu sage mais séduisent…

Opération délicate que celle de transposer sur les planches « Un Singe en Hiver« , long métrage d’Henri Verneuil délicieusement dialogué par Michel Audiard, dans lequel s’illustrèrent, en irrésistibles camarades de cuite, les immenses Gabin et Belmondo. Mais opération globalement réussie au Théâtre de Paris où se donne un spectacle populaire, doté de beaux moyens, monté avec soin par Stéphane Hillel,  restituant climat et répliques cultes, emmené par un duo d’acteurs convaincants devant toutefois encore nourrir leurs personnages pour qu’ils prennent leur entière dimension. Plaisant moment.

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Tigreville, petite ville de normandie, début des années 60. Fouquet, jeune publicitaire, débarque à l’hôtel Stella, tenu par Quentin, ancien fusiller marin. L’homme, venu retrouver sa fille en pension dans le coin, se plait à noyer chaque soir  peines de coeur et angoisses existentielles dans la boisson. Quentin, qui passa un temps par là mais qui n’a plus touché une goutte d’alcool depuis quinze ans (promesse faite à sa femme Suzanne), semble ému par les errances de Fouquet. En deux jours, va naître entre eux une complicité, une amitié virile touchante atteignant son paroxysme au cours d’une tournée des bars mémorable, mêlant délires absolus et confidences sincères, qui ne prendra fin qu’au petit matin.

« Ecoute ma bonne Suzanne, t’es une épouse modèle, t’as que des qualités… Mais tu m’emmerdes… », « Si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille… ». Vous les entendrez toutes ! Dans son adaptation, Stephan Wojtowicz  (auteur de « La Sainte Catherine ») qui a travaillé à partir du film et du roman d’Antoine Blondin, a su adroitement mêler ces dialogues incontournables à un script forcément remanié (trop de lieux, trop de séquences …), recentré sur l’essentiel, livrant ainsi une élégante comédie, à l’atmosphère singulière, dramaturgiquement solide et efficace, aux second rôles modestes mais proprement dessinés (ici portés avec conviction par Evelyne Dandry, Gérard Loussine, Chloé Simoneau et Stephan Wojtowicz lui-même). De son côté, Stéphane Hillel a commandé cinq décors à Edouard Laug (l’hôtel, les bars, la jetée…) qui vont et viennent à vue sur le plateau, permettant ainsi de dérouler l’action avec une appréciable fluidité, à la manière des comédies musicales anglo-saxonnes. A l’image de sa direction d’acteurs, sa mise en scène est rigoureuse, inventive. Il parvient même, modestement, à recréer la corrida de Fouquet, ivre en pleine rue, au milieu des voitures, et le feu d’artifice improvisé des deux héros imbibés. Amusant.

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Restait la principale difficulté d’une telle aventure. Trouver les successeurs de Gabin et Bebel. Bonne nouvelle, Eddy Mitchell et Fred Testot ne s’en tirent pas mal. Parce qu’ils cherchent encore leurs marques, leurs prestations manquent pour le moment d’épaisseur, de folie, de complicité. Mais tout cela va dans la bonne direction. Pas d’erreur de casting à nos yeux. Pour sa première fois au théâtre, Testot est on ne peut plus juste, très à l’écoute. Campe un Fouquet à la fois tourmenté, malicieux, lunaire, fragile, et presque juvénile. Emeut en père paumé, effrayé à l’idée de s’occuper de sa fille. Face à lui le bourru Mitchell est un brin timide. En a pourtant sous le pied. Osera bientôt, sans aucun doute, généreusement délivrer toutes les couleurs du personnage que l’on perçoit déjà, sa verve comme sa mélancolie. Le duo n’est pas loin de se trouver tout à fait.

Alors pourquoi pas.

Probablement jusqu’à l’été.

Photos : Céline Nieszawer

1 comment

  1. DURAND PAUL

    j’ai assisté à la couturière. Si l’on s’en tient à la seule comparaison avec le film de VERNEUIL et l’interprétation de GABIN et BELMONDO a mon sens il n’y a pas photo. Mais réussir cette gageure de l’adapter au théâtre bravo. pièce fidèle au moments clés du film avec une très bonne mise en scène, de stéphane HILLEL aux décors changeants très fluides et le magnifique final du feu d’artifice très réussi. très bon seconds rôles. un peu déçu par l’interprétation d’Eddy MITCHELL, à la voix qui ne portait pas, assez monocorde et le copié-collé de l’interprétation de Fred TESTOT ( Belmondo) .Mais ce n’était que le début . perfectible donc!!!!

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