En vogue : les récits-épopées-quêtes fleuves volontiers tarabiscotés…

En vogue : les récits-épopées-quêtes fleuves volontiers tarabiscotés…

Grande tendance du moment chez nombre de compagnies que nous prenons plaisir à suivre :  embarquer l’auditoire, pourquoi pas plus de trois heures durant, dans des spectacles sinueux, à tiroirs, croisant intrigues et destins. Si nous n’avons évidemment rien contre la forme et le format, il serait sans doute judicieux pour chacune d’entre elles de veiller à préserver une patte, un ton, une couleur, et de ne pas étirer à l’excès des propositions auxquelles on pourrait parfois aisément retirer un tiers du contenu sans que le projet soit mis à mal. Applaudies récemment, deux productions au demeurant de qualité illustrent selon nous ces écueils potentiels. A des degrés divers.

Capture d’écran 2015-11-19 à 13.09.34

Benjamin Walter“ d’abord. Ultime pièce de Frédéric Sonntag (“George Kaplan“), vue à Vanves, sous peu à la Ferme du Buisson puis en tournée partout en france. Du “vrai-faux“ théâtre documentaire. L’auteur-acteur  imagina une (en)quête artistico-littéraire s’appuyant sur l’histoire, vendue comme authentique, d’un écrivain ayant brutalement cessé son activité puis disparu, et sur les “fausses-vraies“ recherches qu’il effectua à son sujet. Sur le plateau, nous suivons donc le metteur en scène tentant de retrouver la trace du romancier à travers l’Europe afin de comprendre ce renoncement, tandis que sa troupe construit simultanément un spectacle à partir des informations, témoignages, photos et vidéos qu’il lui envoie.

Comédiens échangeant, multipliant les rôles, tour à tour eux-même, narrateurs, personnages. Partition ultra référencée (de Kafka à Deleuze en passant par Brecht ou Baudelaire). Rebondissements en cascade. Musique live ponctuant et accompagnant le récit. Eléments scénographiques en mouvement permanent. Frédéric Sonntag signe un travail rappelant de manière assez frappante celui d’Alexis Michalik sur “Le Porteur d’Histoire“ ou “Le Cercle des Illusionnistes“, mais aussi celui de Julien Gosselin dans son adaptation-mise en scène des “Particules Elémentaires“. Réflexion sur l’écrit, l’art, l’artiste, le processus de création (savoureuses séquences de répétitions, truculente peinture d’un directeur de théâtre public), portée par une équipe talentueuse, convaincue et convaincante, voilà qui se laisse regarder mais pèse parfois un peu, manque d’évidence, de virtuosité, et tire terriblement en longueur. Dommage car il y a de très bonnes choses.

Capture d’écran 2015-11-20 à 10.46.31

Idem“ ensuite, à la Tempête, par les Sans Cou. On aime la malice, l’humour, la fantaisie, l’intelligence dont font preuve les membres de ce collectif, tant dans leurs séances d’improvisation publiques (“Masques et Nez“), les grands classiques qu’ils revisitent (on se souvient d’“Hamlet“ au Mouffetard) que dans leurs créations pures (“J’ai couru comme dans un rêve“).

Choisissant ici de s’interroger sur l’Identité (identité individuelle, identité de groupe, identité artistique), ils mènent en parallèle trois histoires qui au final n’en feront qu’une. Mêlent au passage trois époques. Ont pris comme point de départ un fait divers résonnant ces jours-ci terriblement avec l’actualité, à savoir la prise d’otages, en 2002, du théâtre de Moscou. Mais tout n’est que fiction dans ce qui vit le jour au printemps dernier. 1994, une salle quelque part en Europe. Un spectateur-otage qui sous le choc perd la mémoire. Des terroristes le manipulant, le persuadant qu’il a rejoint leur cause. La découverte du mensonge qui précède une longue quête identitaire. Par ailleurs une jeune femme à la recherche de son père. Et un écrivain usurpateur faisant autofiction des évènement vécus par l’amnésique…

L’écriture s’avère brillante. Script parfaitement tricoté. Propos habilement nourri. Personnages emplis d’humanité, de fantaisie. Comédiens épatants, drôles, touchants. Hilarante composition de Romain Cottard en auteur mutique, insolent, braqué face aux questions d’un animateur télé. Emouvante Camille Cottin en épouse sombrant dans la folie. Certaines séquences pourraient devenir cultes (on songe notamment à cette réunion d’improbables super-héros). Mise en scène extrêmement fluide d’Igor Mendjisky. Pourtant un sentiment de déjà vu dans la mécanique, le mode narratif, la mise en espace, la poésie, l’onirisme pratiqués, le climat se dégageant de l’ensemble, empêche de pleinement s’enthousiasmer. Ce qui constitue la singularité des Sans Cou semble dilué, délayé dans un exercice sans vraies surprises. Et là encore d’une longueur modérément pertinente.

Mais la soirée reste belle à la Cartoucherie. Prenez-en donc le chemin avant le 13 décembre.

Photos : Gaelic.fr / Simon Gosselin

, ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *