Faut-il tuer la mère…?

Faut-il tuer la mère…?

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Partant d’une situation pour le moins improbable, la romancière-dramaturge Amanda Sthers (Le Vieux Juif Blonde“, “Mur“…) signe, aux côtés de Morgan Spillemaecker, une délectable comédie, punchy, abrasive, cinglante, souvent désopilante, mettant en scène les névroses familiales, parvenant à faire sens et éveiller chez le spectateur un questionnement ludique quant à ses rapports aux autres membres d’une cellule généralement précieuse, réconfortante, mais aussi potentiellement nocive (psychologiquement). Efficacement orchestré par Eric Civanyan, sublimé par la présence de l’irrésistible Eva Darlan, ici entourée de trois partenaires solides et charismatiques, ce “Conseil de Famille“ détonant vaut assurément le détour. C’est à la Renaissance que cela se passe.

Comment réagiriez-vous si votre frère aîné suggérait, juste avant qu’elle n’arrive pour dîner, de mettre fin aux jours de votre génitrice ? Ben et Fanny, eux, sont quelque peu déconcertés à l’écoute de la proposition de Flo, même si la “cible“ envisagée n’a pas toujours été tendre avec eux. Mais ce chef d’entreprise qui paie le loyer de l’un, a offert un emploi fictif à l’autre, et subvient au besoin de leur veuve de mère, ne pourrait plus faire face si, dans un futur proche, il fallait placer celle qui les mit au monde dans un établissement spécialisé. Après tout, elle a bien vécu, et si des sacrifices s’avèrent nécessaires, pourquoi ne pas lui offrir la possibilité de partir en pleine forme ? Le débat démarre. Maman peut faire son entrée…

Et quelle entrée… “Je suis morte !“ proclame Eva Darlan qui ne pense alors pas si bien dire. En sexagénaire fêtarde, croqueuse d’hommes, allègrement portée sur la boisson, n’ayant jamais eu la fibre maternelle, ne craignant nullement d’asséner à chacun ses quatre vérités, l’actrice est hilarante. Balance avec virtuosité skuds et répliques mémorables. “Mon dieu, mes gênes dans cet état !“ dit-elle en constatant le léger embonpoint de sa fille. “Mais baise au lieu de manger !“ poursuit-elle avant de narrer par le menu ses ébats avec un homme gâté par Dame Nature, tandis que la discussion de la fratrie autour de la décision à prendre se poursuit en cuisine où l’on prépare un cocktail pour l’au delà. Et cela tire tous azimuts au cours de ce grand déballage familial. Personne n’épargne personne. Car incarnant une descendance dessinée avec précision, intelligemment complémentaire, Maud le Guénédal, Frédéric Bouraly et Erwan Creignou ne sont pas non plus avares de punchlines et uppercuts nourris de rancoeur, jalousie, mal-être ou non-dits trop longtemps tus, qu’ils servent brillamment. Techniquement irréprochable, toujours dans le tempo, complice, le quatuor fait des étincelles avec une partition inattendue, déjantée et plus profonde qu’on ne pourrait le croire.

Excellent moment.

N’hésitez pas.

Photos : Charlotte Spillemaecker

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