12/02/2013
Délicieuse parenthèse musicale à la Pépinière...

François Morel les a choisis pour l'accompagner tout au long de sa carte blanche. Elle nous régale de charmants intermèdes chantés et dansés dans "Instants Critiques". Il a conçu l'habillage musical de "Hyacinthe et Rose" qu'il interprète en live aux côtés de l'acteur. Chaque lundi, soir de relâche, Lucrèce Sassella et Antoine Sahler se retrouvent en compagnie d'un troisième complice, Guillaume Lantonnet (percussions), et nous proposent "22 heures 22", joli moment composé de chansons sensibles et pétillantes sur l'amour, le désir, la vie à deux (mais pas seulement) aux sonorités décalo-rétro-bobos. A mi-chemin entre Lilicub ("Voyage en Italie"), Paris Combo et Vincent Delerm, mais surtout 100% original. Nous avons adoré.
Sur scène un joyeux bric à brac fait office de terrain de jeu. Quelques kilims, un piano, un vieux lampadaire, un volatile empaillé, une batterie, des faux chatons somnolant sur des coussins, un synthé des années 70, une table roulante et son nécessaire apéritif, une trompette, un camion de pompiers, un xylophone, trois chalets-boîtes à musique... Les chansons alternent avec d'amusantes saynètes muettes inspirées du quotidien au cours desquelles Lucrèce et Antoine font la vaisselle, se brossent les dents, étendent le linge, se chamaillent avec tendresse, sous le regard circonspect de Guillaume...
Antoine Sahler est un personnage aussi lunaire qu'espiègle. Les textes qu'il offre à Lucrèce, la partition qu'il leur adjoint et les arrangements qu'il va chercher on ne sait trop où en sont le fidèle reflet. La voix délicate et aérienne de sa partenaire prolonge idéalement une poésie et un climat au sein desquels on se sent bien. L'évidente complicité des trois artistes fait plaisir à voir, habilement orchestrée par Lionel Ménard, metteur en scène soucieux de livrer au public un spectacle complet et parfaitement rythmé.
N'hésitez pas !
Jusqu'au 8 avril.
12:13 Publié dans Critiques, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique 22 heures 22 pépinière théâtre |
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Gagnez vos places pour découvrir l'improbable et irrésistible histoire vraie de la cantatrice qui chantait faux...

Nul ne devra passer à côté de ce spectacle proposé depuis la semaine dernière au Ranelagh. D'abord parce qu'il est d'excellente facture, cocasse et touchant, porté par deux interprètes formidables. Ensuite parce qu'il met en lumière l'hallucinant parcours lyrique de cette riche américaine sérieusement toquée, Florence Foster Jenkins, qui dans les années trente, convaincue de posséder l'oreille absolue et un timbre admirable, entreprit de se produire en public et connut un succès phénoménal grâce à l'épouvantable fausseté de sa voix, le beau monde accourant en masse afin de se moquer d'une tare dont elle n'avait conscience.
Vingt ans après la mort de la "diva", c'est son pianiste, accompagnateur qui lui fut fidèle durant ces douze années de "carrière", qui narre l'aventure. De leur rencontre, au cours de laquelle il n'en crut ses oreilles sans oser lui dire la vérité car il avait besoin d'un job, à leur premier récital de bienfaisance. De l'enregistrement d'un disque à l'ultime triomphe du Carnegie Hall. Avec une certaine tendresse et un brin de nostalgie, Cosme Mac Moon, c'est son nom, évoque la folie douce de la Castafiore, leurs séances de travail, mais aussi la façon dont le public se délectait de ses couacs en riant sous cape, et comment il parvint à protéger Mrs Jenkins en la maintenant jusqu'au bout dans l'illusion...
L'auteur anglais Stephen Temperley signe un livret subtil, d'une drôlerie imparable, empli d'humanité, dont il se dégage un climat doux amer assez prenant. Stéphane Laporte, adaptateur, a su dans notre langue en retranscrire toutes les couleurs. Une bien belle partition, plus complexe qu'il n'y paraît, qu'il fallait confier à des comédiens expérimentés.
Et cela tombe bien. Remarquablement dirigés par Agnès Boury, Agnès Bove et Grégory Baquet révèlent l'étendue de leurs talents dans un jeu sincère, rigoureux, efficace, mais jamais caricatural. L'impayable aplomb que la première insuffle à celle qu'elle incarne, la brillante sobriété avec laquelle elle entonne et massacre les plus grands airs, mais aussi le mal-être qu'elle laisse transparaître lorsqu'elle semble percevoir les rires de l'assistance, réjouissent et émeuvent. L'élégante mélancolie dont le second habille son personnage, pansant tant bien que mal au fond d'un piano bar les blessures d'une vie de musicien ratée, ce regard à la fois lucide, narquois et bienveillant posé sur le passé qu'il distille au fil de la représentation, la profondeur avec laquelle il habite ses remords et regrets, ses silences enfin, séduisent et convainquent tout autant.
Très beau moment de rire et d'émotion.
FousdeThéâtre.com et le Théâtre du Ranelagh vous invitent à la représentation du mercredi 20 février prochain. 5X2 places sont en jeu. Pour les remporter, il vous suffit de faire partie des 5 plus rapides à répondre à la question suivante :
Comment s'appelle la cantatrice qui chantait faux ?
Envoyez votre réponse, accompagnée de vos coordonnées complètes, à :
Et les gagnants sont : Aline G. Sylvain S. Jean-Claude O. Charles P. Ariane P.
Bravo à eux !
09:05 Publié dans Concours, Critiques, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique colorature théâtre du ranelagh grégory baquet agnès bo |
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11/02/2013
Au Saint-Georges, un divertissement de bonne tenue...

Contrairement à ce que le titre du spectacle pourrait laisser supposer, non "3 Lits pour 8" n'est pas la suite de l'ineffable "Pyjama pour 6" de feu Marc Camoletti (boulevardier du siècle dernier qui nous fit également subir, rappel à destination des plus jeunes, "Boeing Boeing" ou "duos sur Canapé"), mais une honorable et amusante comédie anglaise sur le couple signée Alan Aycbourn, dont vous avez peut-être applaudi il y a quelques années "L'Amour est Enfant de Salaud", mise en scène au cordeau par Jean-Luc Moreau. Pour une soirée de rire réussie.
Le pitch est simple. Antoine et Natacha, quadras aux rapports amoureux pour le moins électriques, vont réussir l'exploit, au cours d'une seule et même soirée, de détruire l'ambiance de la fête à laquelle ils sont conviés, remettre en cause l'équilibre du couple de leurs hôtes, mais aussi celui des parents d'Antoine et de son ex qui passait par là. Soient quatre crises à résoudre en trois endroits différents, trois chambres représentées simultanément sur le plateau du théâtre.
La dramaturgie d'Aycbourn a tout des meilleurs Feydeau. Comme le célèbre vaudevilliste, l'auteur se régale à imaginer les situations les plus extravagantes , la mécanique est imparable, et ses dialogues se révèlent souvent irrésistibles. Mais l'épaisseur de ses personnages lui permet par ailleurs de développer une véritable réflexion. Ici sexualité, passion, communication, quotidien, temps qui passe, doute, confiance, sont évoqués à travers ces quatre binômes aux profils complémentaires. Et si l'action se déroule dans la chambre à coucher, le propos vole presque toujours au dessus de la ceinture.
La distribution est épatante. Tous conjuguent impeccablement sincérité de jeu et efficacité comique. Marie Montoya et Pierre-Oliver Mornas sont ceux par qui tout arrive. Les crises de nerfs de la première, suivies de ses tordants petits exercices de relaxation, nous réjouissent autant que la passivité et le sans-gêne du second. Jean-Christophe Barc interprète pour sa part avec brio le gars un peu bourru qui ne se pose jamais de question, jusqu'à ce que sa moitié, Juliette Meyniac, lui avoue penser à l'agencement de leur intérieur tandis qu'ils font la chose. Celle-ci joue merveilleusement les naïves un peu nunuches. Mathilde Pénin et Dimitri Rataud (belles énergies subtilement maîtrisées) ont quant à eux la lourde tâche de donner vie au couple en apparence équilibré. Annick Blancheteau et Bernard Alane, enfin, endossent avec gourmandise et malice les habits des seniors.
Franchement ? C'est drôle.
Alors pourquoi pas.
Réservez vos places en cliquant ci-contre :
07:46 Publié dans Critiques, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique 3 lits pour 8 alan ayckbourn jean-luc moreau théâtre sa |
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10/02/2013
Quand "La Folle de Chaillot" rend hommage à Michel Fagadau...

Célébrant les cent ans de la Comédie des Champs-Elysées, Stéphanie Fagadau-Mercier programme la très jolie fable surréaliste de Jean Giraudoux que son père Michel (directeur du théâtre jusqu'à sa disparition en 2011) souhaitait remonter pour l'occasion, quatre décennies après l'avoir inscrite au répertoire de la Comédie Française. Elle réunit une impressionnante troupe de dix-neuf comédiens dirigée par Didier Long qui signe une mise en scène plaisante, élégante, appliquée, mais presque paresseuse, et qui commet l'erreur, selon nous, d'une fidélité trop grande à la version de 1971 (dvd disponible aux Editions Montparnasse, extrait plus bas) forcément datée, pour ne pas dire désuète. Un hommage qui rime (un peu) avec "dommage"...
"La Folle de Chaillot", c'est l'histoire de cette vieille femme, mi-clocharde mi-comtesse, sans doute plus utopiste que véritablement folle, amoureuse de la vie, porte étendard des marginaux, des artistes, aux idées écologiques et humanistes souvent avant-gardiste, qui sauvera Paris et son peuple de capitalistes avides et sans scrupule, désireux de raser la ville afin d'extraire le pétrole qu'ils sont persuadés trouver sous ses constructions. Pour ce faire, entourée de ses amis, des petits, des laissés pour compte, elle mettra au point un plan qui enverra l'ennemi périr à la source-même de sa fortune espérée, dans les entrailles de la terre...

La Folle, c'est Anny Duperey, dont la composition honnête mais sans effort pourrait gagner en épaisseur, en mystère, en fantaisie. Elle qui expliquait dans un récent entretien qu'il convient de "chercher sa Folle comme on cherche son clown" n'a de toute évidence pas encore mené à terme le travail. Autour d'elle, des partenaires auxquels nous ferons, avec bienveillance, des reproches similaires. Dominique Pinon campe "tranquilement" le Chiffonnier chargé de se faire l'avocat du diable au cours de la parodie de procès organisée pour condamner les magnats de la finance. La partition est pourtant superbe et irrésistible. Catherine Salviat, amusante mais timide "Folle de Saint-Sulpice" (sourde ou myope selon les jours), devrait tirer davantage son épingle du jeu... C'est encore vrai pour les rôles de la Folle de Passy, d'Irma la jolie plongeuse, du jongleur, du muet, de l'égoûtier, du vendeur de lacets, de la fleuriste... Pardon de ne citer les dix neufs interprètes.
La langue, l'univers, les personnages de Giraudoux constituent une poésie hors du temps qu'il est toujours réjouissant de réentendre. Sa réflexion sur le monde que l'Homme choisit de façonner n'a rien d'obsolète. Encore faut-il la faire résonner au mieux au coeur de notre époque. Aussi sommes-nous en droit de nous interroger sur la pertinence de continuer à "surthéâtraliser" les personnages de folles (maquillages, costumes, attitudes...), pour tomber dans le grotesque plutôt que de rester dans l'énigmatique, l'onirique, et même si cela ne fait pas tout, d'ancrer esthétiquement la pièce dans une France d'après guerre (où quelques ordinateurs et téléphones portables viennent ici jouer les anachronismes). Didier Long aurait sans doute dû s'emanciper de ces images d'un autre temps qui étouffent le propos et ringardisent le conte.
Reste un spectacle de belle facture, doté de moyens conséquents, porté par une équipe pleine d'entrain qui devrait le faire grandir au fil des représentations.
Et un superbe texte !
Alors pourquoi pas.
Réservez vos places en cliquant ci-contre :
Photo Anny Duperey : LOT
09:10 Publié dans Critiques, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique la folle de chaillot jean giraudoux anny duperey comédi |
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