L’affrontement musclé et émouvant des Bohringer…

L’affrontement musclé et émouvant des Bohringer…

Vu au Rond-Point en 2013, repris à l’Atelier pour 30 exceptionnelles…

Michel Didym dirige Romane et Richard Bohringer dans une pièce signée Angela Dematté, relatant le destin (tragique) dans les années 60-70 de la révolutionnaire-terroriste italienne Margherita Cagol, cofondatrice des Brigades Rouges, prenant la forme d’un poignant et virulant face à face père-fille, intime et idéologique. Une réussite.

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L’action démarre alors que la jeune femme, étudiante en sociologie, s’initie à la politique et se découvre l’âme d’une militante communiste, sous le regard déjà soucieux d’un père commerçant, bourgeois modeste rêvant d’une vie paisible pour sa fille, à l’image de la sienne. Au fil de l’Histoire (création du Collectif Politique Métropolitain, naissance des Brigades Rouges, radicalisation du combat, enlévements, lutte armée…), nous assisterons à leurs débats sur le capitalisme, la justice, la notion de bonheur, sur l’engagement, le sens d’une vie, évoluant vers une incompréhension mutuelle quasi absolue et extrêmement douloureuse, l’affection qu’il éprouvent l’un pour l’autre étant toujours intacte. La mort de Margherita, tuée par la police en pleine action, mettra un terme à cet impossible dialogue…

Edifiante et rigoureuse d’un point de vue historique, incluant des écrits de Margherita Cagol ainsi que des communiqués de son mouvement, l’oeuvre d’Angela Dematté n’en est pas moins remarquablement efficace et prenante théâtralement parlant (personnages, dialogues…), emplie d’humanité, explorant avec justesse, profondeur, les rapports père-fille, les conflits de générations, l’incommunicabilité, l’éloignement…

Sans doute parce que la filiation n’existe pas seulement sur scène mais aussi à la ville, parce que leurs rapports se révèlent riches, complexes, les interprètes insufflent au spectacle une authenticité extraordinaire. Magnifique le regard inquiet et aimant que pose Richard sur « ses » filles. Bouleversant, celui que Romane renvoie à « ses » pères, cherchant en vain l’approbation de son engagement extrême. La souffrance qu’ils s’infligent involontairement, qu’ils dissimulent, et qui finit par faire surface trouve un écho troublant auprès du spectateur.

Un moment très fort que Michel Didym orchestre avec sobriété, clarté et intelligence, “coup de coeur théâtre public“ de l’éphémère Palmarès du Théâtre 2013.

Allez-y.

« J’avais un beau ballon rouge ». Jusqu’au 3 janvier.

Photo : Eric Didym

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