Les Comédiens-Français ont mangé du clown !

Les Comédiens-Français ont mangé du clown !

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Emboitant le pas à l’excellentissime, impayable, unique zébulon cartoonesque Christian Hecq, génie comique absolu, neuf des membres de la troupe s’emparent avec une exquise folie, voire une outrance brillamment assumée, des “Rustres“de Carlo Goldoni, fameuse comédie moquant, condamnant obscurantisme et autoritarisme souvent vue dans le privé (Michel Galabru en donna au moins sept versions à lui seul !), sous la houlette d’un Jean-Louis Benoit appliqué, attentif, rigoureux qui signe là un spectacle de facture éminemment classique mais véritablement enthousiasmant tant sa distribution débridée s’en donne à coeur joie. Au Vieux-Colombier, vous trouverez à coup sûr jusqu’au 10 janvier de quoi divertir et changer les idées de chacun. Précieux en des temps guère propices à la gaudriole…

Sacrés rustres, ces bourgeois vénitiens régnant en tyrans sur leurs maisons, moitiés et descendances. A l’image de Lunardo, marchand maladivement soucieux des apparences et discret sur ses activités, volontiers pingre, qui refuse toute autonomie (de pensée ou d’action) au sexe faible, contraint lucietta et Margarita, fille et seconde épouse, à vivre chichement, recluses, loin des fêtes du carnaval, jugeant néfastes, inutiles, dîners en ville ou sorties à l’opéra. Lui et son ami Maurizio ont convenu de l’union prochaine de leurs enfants, sans les en avoir avertis. Il n’est pas même question qu’ils se rencontrent avant la noce. La gent féminine en décidera autrement et, dans une ode finale à la liberté, à l’égalité des genres, à l’ouverture, assénera une jolie leçon à ces messieurs.

Que de scènes et dialogues mémorables au fil d’une représentation enlevée, passant à la vitesse de l’éclair. Portes qui claquent, protagonistes cachés dans des coffres… On pourrait se croire chez Feydeau. Chacun fait un sort fabuleux au personnage qu’il incarne, allant parfois à l’encontre de son emploi comme Christophe Montenez, vif et charmant jeune premier composant ici un futur marié moyennement éveillé (et limite ingrat !) que l’on travestit pour approcher sa promise. Hilarants, les tics de langage du sieur Hecq (“Il faut dire les choses comme elles sont“, “Au jour d’aujourd’hui“…) ponctuant quasiment une réplique sur trois. Tout simplement cultissime dans la goujaterie le trio de dictateurs qu’il forme avec Bruno Raffaelli et Gérard Giroudon, se creusant la cervelle, assis à l’avant-scène façon papis corses, pour savoir comment contrôler au mieux leurs épouses. Les battre ne servirait à rien à moins de les assommer définitivement (impossible car on ne peut hélas s’en passer). “Les enfermer sans qu’elles puissent parler à personne ? Châtiment qui les ferait crever en trois jours !“ (“Tant-mieux“ répond l’un d’eux…). Savoureux aussi Nicolas Lormeau, dans un registre similaire, bannissant de chez lui la moindre expression de coquetterie, imposant à sa future belle fille des robes de laine (“Je ne veux pas voir de soie, n’allez surtout pas faire des dépenses d’habits“). Mais l’“assemblée des femmes“ n’est pas en reste, ne manque pas de tempérament, tentant de se dépêtrer de sa condition subie… Epatante poigne de Céline Samie, piquante Coraly Zahonero, formidable Clotilde de Bayser, comploteuse lumineuse, cloueuse de becs masculins hors pair, conduisant avec virtuosité la fin de la pièce. Un peu trop dans la plainte et les gémissements, Rebecca Marder, qui fait ici ses débuts dans la maison, mit du temps avant de nous convaincre. Mais y parvint, gagnant en justesse et affirmant sa personnalité petit à petit. Nous guetterons avec curiosité ses prochaines apparitions. Saluons enfin l’impeccable prestation de Laurent Natrella, unique homme à se trouver du côté de ces dames.

Allez-y !

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Photos : Christophe Raynaud de Lage

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