Les fous british…

Les fous british…

Troublant voyage en absurdie que celui proposé à l’Oeuvre depuis la semaine dernière. “Home“, de David Storey, donne à voir les pensionnaires d’un asile dans une succession de dialogues surréalistes, dérisoires, décousus, pathétiques, révélant solitudes, mal-être, difficultés à communiquer et angoisses existentielles, nous renvoyant ici et là aux nôtres. Qualifié de “boulevard anglais“ par Gérard Desarthe qui signe le spectacle, cette pièce énigmatique (lointaine cousine des oeuvres de Ionesco ou Beckett) déconcerte d’abord, touche parfois et amuse souvent grâce à la prestation des cinq membres d’une distribution aussi remarquable qu’inattendue.

Capture d’écran 2015-10-27 à 17.24.31

Car qui aurait imaginé un jour, faisant plateau commun, le metteur en scène en personne, comédien de théâtre public, Valérie Karsenti, actrice pour sa part habituée du privé et du petit écran, la star de cinéma Carole Bouquet, ainsi que l’humoriste Pierre Palmade ? Pas grand monde, gageons-le. Et pourtant quelle harmonie, quelle homogénéité dans l’interprétation. Pas un qui ne dénote, tire la couverture, ou au contraire soit effacé par ses partenaires. Même Vincent Deniard, cinquième interné au rôle plus modeste, trouve sa juste place et la dimension qu’il mérite. Parfaite aventure collective, audacieuse, généreuse, rigoureuse, à laquelle on adhère sans réserve, en dépit d’un script aux enjeux quasi absents il faut bien l’avouer. Nourrissant en profondeur des caractères moyennement saisissables, cernables, chacun construit solidement son personnage et participe à l’instauration d’un climat singulier.

Dans le coin de cour grisâtre volontiers anxiogène imaginé par la scénographe Delphine Brouard (également responsable de costumes délicieusement 70’s), Bouquet, méconnaissable en blonde peroxydée,  passe son temps à remonter sa jupe au dessus de ses cuisses, subissant régulièrement les réflexions de la très rousse et très autoritaire Karsenti, doyenne de l’institut. Palmade, gentleman lunaire, s’invente une famille nombreuse dont les membres ont tous vécus des évènements improbables. Desarthe manque de fondre en larmes toutes les trois minutes. Quant à Deniard, il soulève et déménage des chaises 90 minutes durant…

Succédant, quarante ans après sa création française, à Gérard Depardieu, Michael Lonsdale, Tatiana Moukhine et Jean-Loup Wolff, le quintette ressuscite habilement une partition tombée dans l’oubli.

Pourquoi pas.

Jusqu’à la fin décembre.

 

Photos : Dunnara Meas

5 comments

  1. Spectatif

    J’ai trouvé l’ensemble très bon. Au point et surprenant. Des dialogues de fous, drôles et tristes avec douleurs et cocasseries et souffrances à la clé pour une partition très bien jouée.

  2. Ceecile

    Spectacle poussiéreux et ‘neutre’, ni drôle, ni triste, ni perturbant, ni attachant.
    Quand le spectacle a été monté en 1972 (presque un demi siècle) il devait paraître avant-gardiste et même inventif, curieux.
    Monter cette pièce en 2015 par, ce que l’on appelle, des comédiens ‘chevronnés’ n’a aucun sens.
    Une troupe de jeunes comédiens qui souhaiteraient se faire connaitre et se faire remarquer par un jeu spécifique et monterait ce spectacle vieillot et vieillit pourquoi pas, mais là ? Quel ennui.
    N’y allez pas. Les applaudissements plan-plan et bref montre bien l’incompréhension du public.

    1. haltostress

      Ceecile n’a pas compris la pièce, dommage pour elle. Le sujet n’a pourtant rien d’incompréhensible, et le talent des acteurs le traduit bien. Rien d’avant-gardiste pour 1972 non plus, car on est loin du style de Samuel Beckett – bien qu’on frôle le thème de l’absurde ici. Il faut être clown pour jouer cette pièce : la drôlerie apparente, les propos superficiels, cachent une profonde tristesse. Le texte permet aux acteurs de jouer leur personnage : des personnages tragiques, arrachés à leur foyer (d’où le titre de la pièce). Condamnation du milieu psychiatrique assurément : en premier lieu même. J’étais venu pour le metteur en scène – Gérard Desarthes. Je n’ai vraiment pas été déçu. Pas de surenchère, le ton est juste. Ce sont de très bons interprètes et je ne me suis pas ennuyé un seul instant.

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