Smart, drolatique et spectaculaire, un “Singin’In The Rain“ en noir et blanc 100% Broadway…

Smart, drolatique et spectaculaire, un “Singin’In The Rain“ en noir et blanc 100% Broadway…

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Alors que la version londonienne du musical tiré de ce monument du 7ème Art hollywoodien nous avait pour le moins laissés sur notre faim (mise en scène figée, interprètes inégaux, et tableaux dansés sans intérêt), le travail réalisé et coordonné pour le Châtelet par le brillant Robert Carsen, auquel on doit déjà une mémorable “My Fair Lady“, répondit d’un bout à l’autre aux attentes des amateurs de shows anglo-saxons que nous sommes. Esthétiquement enthousiasmante, amusante, rythmée, emmenée par une équipe d’artistes complets aguerris (à la fois acteurs, chanteurs et danseurs), permettant des scènes de comédie efficaces et des numéros d’ensemble épatants, aux chorégraphies abouties (Stephen Mear), cette production de Jean-Luc Choplin, de retour pour une cinquantaine de dates avant de partir à la conquête de Broadway la saison prochaine (la nouvelle vient de tomber), compte parmi les sorties incontournables de cette fin d’année.

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Singin’ In The Rain“. Ou l’évocation pleine d’humour de l’arrivée, courant des années 20, du cinéma parlant dans une industrie jusqu’alors pantomimique. Ou comment cette révolution permettra au séduisant Don Lockwood, star du muet, d’opérer la transition avec succès tandis que son éternelle partenaire Lina Lamont, dotée d’une voix de crécelle, affrontera les moqueries et devra recourir aux services de la délicieuse Kathy, doublure vocale dont s’éprendra Lockwood. Au grand dam de Lina bien entendu… La trame imaginée par Betty Comden et Adolph Green en 1951 afin de servir de base et liant au script d’un long métrage recyclant les oeuvres de Nacio Herb Brown et Arthur Freed (que des tubes !) est une pure merveille, reprise pour l’essentiel dans le livret. Pas une ride. rien ne manque (dialogues, gags et chansons). Tant mieux.

Dès le lever du rideau qui dévoile, après la projection d’un amusant générique rétro, la façade d’une salle de spectacle où se déroule une première de gala, le public plonge dans un film en noir et blanc. Gris foncé, gris clair, beige, crème, blanc éclatant, argent… Un très riche dégradé de teintes pare le superbe décor de Tim Hatley et les somptueux costumes d’Anthony Powell. Des immenses panneaux peints aux chapeaux, des accessoires aux robes, en passant par le mobilier, rien ne déroge à ce principe (sauf un tableau). Atmosphère exceptionnelle. Enchantement visuel. Réussite totale. Par la suite, suivant les même codes couleurs, nous évoluerons dans les coulisses d’un studio intégrant les différentes étapes de l’histoire, sur le plateau, en loges, dans la rue…

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A chacune des nombreuses séquences, Robert Carsen fait un sort intelligent, rivalisant d’ingéniosité pour insuffler à l’ouvrage une fluidité irréprochable. Cinéma dans le théâtre, théâtre au cinéma (l’un prenant adroitement le relai de l’autre), théâtre dans le théâtre, music-hall fantasmé…  On se régale deux heures trente durant, que l’on assiste aux hilarants tournages catastrophes, au somptueux ballet de claquettes réunissant l’intégralité du cast, ou à la réjouissante prestation surprise (sur écran) de Lambert Wilson en improbable VRP des nouvelles technologies. Parlées ou chantées, les voix sonnent juste. Succédant à Gene Kelly dans le rôle de Lockwood, Dan Burton est un interprète très expressif, plus à l’aise dans la comédie pure que dans la séduction, mais assume plutôt honorablement l’héritage. Le mythique solo entonné sous la pluie nécessitait encore quelques ajustements (techniques) le soir de la générale, mais devrait sans nul doute produire son effet car fidèle à l’original. La voix perchée, l’air niais et teigneux empruntés par Emma Kate Nelson  pour camper Lina Lamont se révèlent imparables. Daniel Crossley, qui incarnait déjà dans le West End le rôle du pianiste-compositeur, nous offre un “Make’Em Laugh“ très physique, plutôt drôle, nettement au dessus de que l’on a pu voir outre Manche. Kathy, la doublure amoureuse est fort gracieusement donnée par Clare Halse qui charme l’auditoire en solo, duo ou trio avec “Beautiful Girls“, “You are my Lucky Star“ ou “Good Morning“. Quant aux passages de Tap Dance, ils fonctionnent superbement. Notamment l’incontournable  “Moses supposes“ auquel participe une formidable prof de diction, campée par la généreuse Jennie Dale.

Voilà pourquoi on ne devra pas hésiter à se ruer sur les dernières places disponibles. Car ça joue presque “sold out“, naturellement…

 

Photos : Noelle Robert

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