03.05.2012
La Comédie Française, ou l'art de sublimer les textes...

Parce que sa troupe comporte des comédiens à la technique irréprochable, parce qu'il fait presque toujours appel à des metteurs en scène chargés d'une vision à la fois forte et accessible des oeuvres qu'ils portent sur le plateau, parce qu'aussi ses moyens s'avèrent conséquents et libèrent l'imaginaire de toute barrière, l'établissement public fait découvrir ou redécouvrir au mieux un répertoire classique et contemporain.
Aujourd'hui, le Théâtre Ephémère nous en apporte une preuve nouvelle avec "Une puce, épargnez-la" de l'américaine Naomi Wallace. Ce drame écrit en 1995 est un huis clos grinçant, mais également sensuel, aux accents poétiques, se déroulant à Londres, au XVIIème siècle, du temps de la Grande Peste. Si le cadre est historique, le propos se trouve ailleurs. Il s'agit en effet pour la dramaturge d'évoquer et explorer les rapports et conflits entre classes sociales de manière intemporelle, projetant action et personnages dans le passé afin de mieux éclairer le présent.
Deux bourgeois en fin de quarantaine (Catherine Sauval et Guillaume Gallienne), cloîtrés dans leur demeure, voient s'introduire chez eux un jeune marin (Félicien Juttner) et une fillette (Julie Sicard). Cet évènement contraint les quatre protagonistes à cohabiter longuement, ne pouvant échapper à une nouvelle mise en observation. Est-ce la promiscuité ou la mort rôdant autour des occupants des lieux qui sera cause de tous les possibles ? Quoi qu'il en soit, échanges, affrontements et luttes pour le pouvoir bouleverseront l'ordre établi et feront bouger les lignes du social et de l'intime, ici étonnament mêlés.
Sans être grande, la pièce, qui rentre donc au répertoire du Français, est d'excellente facture. Moderne, belle, efficace, surprenante, et sensée.
Le travail d'Anne-Laure Liégeois, à la mise en scène, est magnifique. Elle use d'un réalisme suffisamment fantasmé pour éviter toute lecture primaire du texte, des personnages ou des situations. Elle a par ailleurs opté pour une scénographie évolutive qui accompagne intelligemment l'intrigue ; les murs s'écartent à mesure que les uns se libèrent de leurs carcans, tandis que d'autres voient leur esprit rongé par de mortuaires corbeaux. Les images sont fortes.
La direction d'acteurs, enfin, est impeccable. Comme à son habitude, Guillaume Gallienne, en maître de maison passant de dominant à dominé, nous a bluffés par la maîtrise de son art, physiquement, vocalement et gestuellement. Catherine Sauval, qui joue l'épouse soumise et broyée, nous a profondément touchés. La fougue de Félicien Juttner ne cesse de nous emballer un peu plus à chaque production. La piquante fraîcheur de Julie Sicard fait merveilleusement mouche. Quant à Christian Godon, il met toute sa fantaisie au service du garde qu'il interprète.
Beau moment.
Allez-y !
Jusqu'au 12 juin.
Réservez vos places en cliquant ci-contre :

Photo : D.R.
16:24 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : critique une puce épargnez-la comédie française, naomi wallace, dominique hollier, guillaume gallienne |
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06.05.2010
Brèves du jour : Gallienne, Cochet, théâtre de l'oeuvre et Ruquier

-L'info est donnée par le site de L'express. Guillaume Gallienne dont l'emploi du temps ne désemplit pas (pronostiquons un départ prochain du Français...) sera l'interprète de... Miss Betting dans "Un Fil A La Patte", chef d'oeuvre de Feydeau, mis en scène par Jérôme Deschamps à la Comédie Française en décembre prochain ! Gageons qu'il saura faire un sort à ce petit rôle (deux scènes seulement) de jeune fille au pair anglaise... A ne pas manquer !
Pour ceux qui ne connaîtraient pas la chose, quelques images de la version mise en scène par José Paul il y a quelques années, suivies d'un programme court de France 3 consacré à l'auteur :

-Jean-Laurent Cochet toujours à l'affiche des "Femmes Savantes" au Petit Théâtre De Paris, vient de sortir un nouveau livre dans lequel il poursuit ses leçons de théâtre. Le Figaro y a consacré un bref article plutôt élogieux...
http://www.lefigaro.fr/theatre/2010/05/03/03003-20100503A...
Amusant : Retrouvez Cochet sur le plateau de Danièle Gilbert, présentant la maquette d'un spectacle monté à la Comédie Française il y a presque 30 ans...

-Le Théâtre de L'Oeuvre conclut sa saison en proposant la reprise d'une comédie musicale à cinq personnages intitulée "Les Indifférents", dont le sujet est justement le droit à la différence. Jusqu'au 31 juillet.

-Enfin c'est signé. Laurent Ruquier sera de retour au quotidien sur France 2 (18h) la saison prochaine en ressuscitant "Le Petit Théâtre De Bouvard"... Souhaitons lui plus de chance qu'à Pierre Palmade qui avait déjà tenté la chose il y a peu avec "Mad In Palmade" sur France 3 chaque week end. Ruquier qui envisagerait par ailleurs de produire le one man show de Guy Carlier...
Photo G. Gallienne : lexpres.fr / Stanislas Liban
Photo J.L. Cochet : lefigaro.fr
10:18 Publié dans Actu, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume gallienne, jean-laurent cochet, laurent ruquier, pierre palmade, georges feydeau, josé paul, jérôme deschamps, comédie française |
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26.04.2010
Aujourd'hui : Guillaume Gallienne, Emmanuel Demarcy Mota, Frédéric Mitterrand, et polémique à Toulon

-Pour faire suite aux Molières, Télérama dresse un court portrait du talentueux "espoir" Guillaume Gallienne. L'hebdomadaire propose par ailleurs un entretien avec le nouveau directeur du Théâtre de la Ville, Emmanuel Demarcy Motta. Liens ci-dessous :
http://www.telerama.fr/scenes/guillaume-gallienne-revelat...

http://www.telerama.fr/scenes/parcours-d-artiste-16-emman...

-Notre ministre de la Culture accorde, de son côté, une interview au JDD et revient sur ses choix de nominations dans différents théâtres publics, notamment à propos de la nomination des frères Berling à Toulon :
http://www.lejdd.fr/Culture/Theatre/Actualite/Frederic-Mi...
-Toulon dont il est aussi question sur liberation.fr... La polémique continue... Et l'Art dans tout ça ?
http://www.liberation.fr/culture/0101631873-toulon-theatr...
Photo Frédéric Mitterrand : lejdd.fr
Guillaume Gallienne : Telerama.fr / Arnaud Meyer
15:05 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume gallienne, emmanuel demarcy mota, frédéric mitterrand |
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14.02.2010
"Maman... J'aime les filles !"

C'est l'histoire de cet étrange coming out inversé, son histoire, que le sociétaire du Français, Guillaume Gallienne, a décidé de raconter sur scène, avec énormément d'humour, beaucoup de pudeur, de délicatesse, de poésie, et surtout de talent.
Dans "Les Garçons Et Guillaume, A Table !", titre du spectacle qui est aussi un propos qu'il attribue à sa mère, le comédien nous emmène dans sa quête du soi, de sa sexualité, quand depuis tout petit, sa mère et l'ensemble de sa famille l'ont déjà décidée pour lui, et avant lui. Il est et sera toujours, à leurs yeux, homosexuel.
Parce qu'un peu différent de ses frères et de ses camarades, parce que trop admiratif d'une mère qu'il se plaisait à imiter jusqu'à être persuadé d'être une fille, Guillaume Gallienne a dû "morflé", c'est le moins que l'on puisse dire, et les années de psychanalyse furent nombreuses, sans l'ombre d'un doute. De ses rapports compliqués avec son père qui ne comprend pas bien pourquoi son fils préfère jouer à Sissi Impératrice en se faisant une robe à panier de sa couette plutôt que de jouer au foot, à ses années d'internat durant lesquelles il a servi de tête de turc à tous les pensionnaires, sans oublier ses trois jours de service militaire (un moment d'anthologie théâtrale !), ses deux tentatives de rapport homosexuel (échecs cuisants dont la narration est également à pleurer de rire...) à sa découverte (enfin !) de l'amour avec une femme, Guillaume Gallienne nous parle de tout.
Jouant tour à tour avec subtilité, intelligence et brio l'ensemble des personnages de sa vie (réelle ou imaginaire, peu nous importe, car en définitive ces propos parlent à tout le monde), le comédien est drôle, bouleversant, touchant, attachant, beau, généreux, tendre, bienveillant, tout sauf revanchard, ne forçant jamais le trait... En un mot il est brillant !
Ce "seul en scène" d'un genre un peu particulier est une réussite.
Courez-y !
A l'Athénée Louis Jouvet jusqu'au 20 février.
Prolongations du 26 juin au 17 juillet !
Découvrez Guillaume Gallienne se livre dans "Les garçons et Guillaume, à table !" sur Culturebox !
10:56 Publié dans Critiques, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume gallienne, les garçons et guillaume à table, comédie française |
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