Trois sapeurs congolais beaux et drôles dans la gravité…

Trois sapeurs congolais beaux et drôles dans la gravité…

Trop rares, ces derniers temps, nos visites au Tarmac, scène internationale francophone installée depuis quatre ans dans les murs du regretté TEP,  fenêtre essentielle sur l’extraordinaire diversité des plumes et artistes maniant la langue de Molière, dont la programmation nous permit, entre autres, de faire connaissance avec la prose du québécois Olivier Choinière (“Félicité“) ou celle du marocain Mustapha Kharmoudi (“L’humanité, tout ça tout ça“). Deux dramaturges aux styles uniques, incomparables, à côté desquels il eut été dommage de passer. A l’occasion de notre retour avenue Gambetta, c’est une création du congolais Julien Mabiala Bissila qui nous fut donnée à voir. Par sa proposition un brin déroutante, avouons-le quelque peu décousue, témoignant des atrocités de la guerre avec âpreté, drôlerie, poésie, célébrant en même temps l’art de la Sape (et finalement la vie…), on se laissa porter, pénétrer, séduire. A défaut d’être totalement convaincus.

Au milieu des décombres du  quartier qui les vit grandir (simplement et joliment symbolisé sur le plateau par des amas de corde coupée), deux frères ayant échappé au pire font leur retour. Leur but ? Retrouver la demeure familiale. “Réveiller les endroits“, réveiller le passé pour mieux appréhender l’avenir. Revivre les drames. Affronter les traumatismes. Bombardements, assassinats, viols. Saluer les fantômes des disparus. Tenter de récupérer un objet, un souvenir. Notamment cette paire de Weston abandonnée dans leur fuite et si chère à leur yeux. En effet, “Après ces années grises de concerto pour kalache, la première des choses était de retrouver dans ce grand chaos : l’odeur du cirage“ !

Criss & Cross. Semi-clowns, sapeurs meurtris mais pas abattus haranguent donc le public, plaisantent, se chamaillent et se racontent  avec le panache, le bagout, la fantaisie de ces fameux dandys hauts en couleurs dont l’histoire (agrémentée d’un réjouissant défilé) est exposée durant le spectacle. Leur donnant chair,  Marcel Mankita et l’auteur en personne, rapidement rejoints par Criss Niangouna campant un troisième personnage. Trio généreux, investi, sincère, surprenant, truculent. Acteurs aux caractères bien trempés, à la présence évidente. Humour noir, jeux de mots parfois cruels et dérision culottée habilement délivrés. Tantôt pétrifiant, comme la description imagée d’exactions insoutenables. Tantôt drolatique, comme cette évocation du gigantesque convoi aérien de Brigitte Bardot volant au secours de tous les animaux du pays, y compris des “pingouins de la forêt“ dont nul n’avait connaissance (fiction bien sûr…).

Bref, étonnant objet théâtral méritant le déplacement.

Au nom du père et du fils et de J.M.Weston

Jusqu’au 4 décembre.

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Photo : DR

 

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